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Covid-19

Le Liban s’enfonce dans la catastrophe sanitaire

En raison de l’état de saturation des hôpitaux, les patients remplissent dans l’heure qui suit les lits des personnes qui décèdent.

Le Liban s’enfonce dans la catastrophe sanitaire

Submergés par la crise économique et la pandémie de Covid-19, les hôpitaux libanais sont à bout de souffle. Photo João Sousa

Avec 40 décès et 3 654 nouveaux cas de Covid-19 au cours des dernières 24 heures, selon le dernier bilan du ministère de la Santé, le Liban se trouve désormais en pleine catastrophe sanitaire. Ces chiffres portent en effet le taux de contamination par rapport au nombre de tests effectués pour les deux dernières semaines à 19,4 %, un chiffre en hausse constante boosté par une quarantaine de décès quotidiens en moyenne ces derniers jours. Un bilan qui a amené les autorités et la population à enfin prendre la mesure de la menace que constitue la pandémie, si elle n’est pas enrayée.

Or cet effort, pour porter ses fruits, doit être concerté et cohérent. Hélas, il est sérieusement mis à mal par le manque de coordination entre les secteurs hospitaliers public et privé, l’épuisement qui gagne le personnel hospitalier et médical, la pénurie d’équipement, notamment de respirateurs, la gestion erratique de la pandémie par le ministre de la Santé, qui procède par essais et erreurs (les erreurs étant plus fréquentes que les succès), la crise économique qui aggrave les conséquences sociales des mesures indispensables de confinement et entrave les investissements des hôpitaux privés, l’individualisme exacerbé et impuni de certains segments de la société et enfin l’insouciance de certains autres.

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C’est ainsi que sous la pression de la pandémie, le système hospitalier craque, révélant l’état d’imprévoyance et d’impréparation qui a marqué la lutte contre le coronavirus, avec l’apparition récente de souches mutantes dont la contagiosité est beaucoup plus élevée.

La flambée actuelle est en effet largement due à l’assouplissement des restrictions pendant les fêtes de fin d’année, avec notamment restaurants, bars et discothèques ouverts jusque tard dans la nuit. Moins de trois semaines après les fêtes, les taux d’occupation des hôpitaux frôlent désormais la saturation, les patients remplissant dans les minutes qui suivent les lits des personnes qui décèdent.

Cité par l’AFP, le bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Liban confirmait dès vendredi dernier qu’en soins intensifs, ce taux est désormais de 90,47 % dans quasiment tout le pays et de 100 % à Beyrouth.

Ainsi, l’hôpital Saint-Georges géré par le Hezbollah, à la sortie sud de Hadath, qui accueille actuellement le ministre de la Santé Hamad Hassan, a dû aménager son réfectoire pour y installer des patients atteints.

Appels à personnel hospitalier

Dans ce contexte de saturation des établissements hospitaliers, l’hôpital gouvernemental de Bouar (Ftouh-Kesrouan, 100 lits) a lancé hier un appel pour recruter des infirmières. Il y a quelques jours, son directeur, André Kozaïly, expliquait déjà que les équipes médicales étaient contraintes de traiter des patients Covid-19 dans leur voiture en raison de la saturation de l’établissement. L’hôpital a demandé aux candidats d’envoyer urgemment leur CV à l’adresse mail suivante : [email protected]

La présidente du syndicat des infirmiers et infirmières, Mirna Doumit, ne s’attend pas à ce que l’appel entraîne un flux d’envoi de CV. « Qu’est-ce que 1,5 million de livres par mois, salaire mensuel moyen d’une infirmière, font aujourd’hui ? » lance-t-elle. Et de relever qu’au lieu de recevoir des bonus, le personnel hospitalier, qui prend des risques quotidiens, doit se faire hospitaliser à ses propres frais en cas de contamination, « quand on n’exige pas de ce personnel qu’il prouve qu’il a été contaminé à l’hôpital ! ».

« Dans ce climat de totale insensibilité de certains hôpitaux privés, beaucoup ont préféré partir, affirme Mme Doumit. Six cents départs pour la seule semaine écoulée. » Et d’ajouter en substance que le personnel hospitalier licencié il y a un an, en raison de la crise économique, tient aujourd’hui sa revanche, mais ne répondra aux appels des hôpitaux qu’à des conditions salariales acceptables.

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Pour sa part, la présidente de la commission parlementaire des Femmes et des Enfants, la députée Inaya Ezzeddine, a appelé hier les autorités à « fournir aux hôpitaux de Tyr et de sa région les équipements médicaux nécessaires, tels que des respirateurs et des lits de soins supplémentaires ».

Hôpitaux de campagne et... toilettes

À contre-courant, le président de la Chambre Nabih Berry a autorisé le transfert vers Beyrouth d’un hôpital de campagne qui devait être installé à Tyr. Toutefois, fait observer le Dr Charaf Abou Charaf, la partie n’est pas jouée d’avance, car l’installation d’un hôpital de campagne nécessite un minimum d’aménagements, notamment l’installation de conduites d’alimentation en eau et d’évacuation, autrement dit des éviers et des toilettes.

À L’Orient-Le Jour, le Dr Abou Charaf confie qu’une augmentation de la capacité d’accueil des grands hôpitaux du Liban, dont les six centres hospitaliers universitaires (CHU) qui disposent d’un personnel infirmer décent et d’une réserve d’internes, est à l’étude en coordination avec le syndicat des hôpitaux privés et la Croix-Rouge libanaise. Un centre d’appel conjoint est aussi à l’étude, ajoute-t-il, il permettra une meilleure gestion du transport et de l’accueil des patients. Avec les associations de praticiens spécialisés de l’ordre, le Dr Abou Charaf compte sur une réussite de ces efforts. Seul obstacle : l’argent. « L’argent est le nerf de la guerre, dit-on. C’est le cas aussi pour la guerre contre la pandémie », observe-t-il.

À ce sujet, le député Neemat Frem s’indigne : On a dépensé, dit-il en substance, un milliard de dollars pour soutenir le prix de l’essence, dont bénéficient en toute illégalité la Syrie et certains distributeurs, alors qu’il aurait suffi d’accorder 25 millions de dollars aux hôpitaux privés pour leur permettre d’élever de plusieurs crans leur degré de préparation.

Pour un prolongement du confinement

Le bouclage du pays – qui est censé se terminer lundi 25 janvier – était relativement bien respecté hier, notamment en raison du temps froid et orageux qui a entravé la circulation. Pour tenter de maintenir le respect du confinement, la police a appelé dimanche les citoyens à respecter les mesures de bouclage et à ne pas sortir de chez eux, sauf nécessité absolue. Elle a indiqué qu’elle continuera à être mobilisée sur l’ensemble du territoire, craignant un « relâchement » de la population en début de semaine. Toutefois, des voix se sont élevées pour demander un prolongement du confinement renforcé, au premier rang desquelles celle du chef de la commission parlementaire de la Santé, le député Assem Araji, qui a estimé qu’un confinement total de dix jours « n’était pas suffisant pour limiter la propagation du virus ». « Le pays devrait être fermé pendant une période de trois semaines comme recommandé par l’Organisation mondiale de la santé », a-t-il affirmé. Un avis partagé par le président de l’ordre des médecins Charaf Abou Charaf.

Les vaccins

En ce qui concerne les vaccins, le ministre sortant de la Santé Hamad Hassan a signé dimanche matin la version finale du contrat avec la société américaine Pfizer pour l’achat de plus de 2 100 000 doses de vaccins anticoronavirus (Pfizer-BioNTech) qui doivent progressivement arriver au Liban à partir du début du mois de février. « Ce contrat s’ajoute à l’accord signé en octobre dernier avec la plateforme mondiale Covax, parrainée par l’Organisation mondiale de la santé, pour sécuriser 2 700 000 autres doses de plusieurs sociétés internationales qui arriveront successivement au Liban », affirme le communiqué du ministère de la Santé. « Nous sommes sur le point de sécuriser, en coopération avec le secteur privé, deux millions de doses de vaccins Astrazeneca et Sinopharm, à partir de février prochain », a en outre fait savoir le ministère. Vendredi, le Parlement avait adopté à l’unanimité une loi autorisant l’importation et l’inoculation dans l’urgence de vaccins anti-Covid-19. La campagne de vaccination devrait débuter en février dès l’arrivée des vaccins, dans l’espoir que l’établissement des priorités et l’organisation des centres de vaccination seront préparés à l’avance.


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