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Liban

"Avancée prudente" après un cinquième entretien Aoun-Hariri à Baabda

Le nouveau cabinet pourrait naître "dans les quatre ou cinq prochains jours", selon Berry.

Le Premier ministre libanais désigné, Saad Hariri et le président de la République Michel Aoun, le 24 octobre 2020 à Baabda. Photo Dalati et Nohra

Un cinquième entretien (le quatrième en quatre jours) loin des médias s'est tenu mercredi soir au palais présidentiel de Baabda entre le chef de l'Etat, Michel Aoun, et le Premier ministre désigné, Saad Hariri, à l'issue duquel une "avancée prudente" a été enregistrée, selon les propos de la présidence. Selon notre correspondante à Baabda Hoda Chedid, une autre rencontre entre les deux hommes aurait eu lieu dans la matinée.  Ces développements font écho à l'optimisme distillé plus tôt en journée par le président du Parlement, Nabih Berry, qui a affirmé que le cabinet pourrait naître dans les "quatre ou cinq prochains jours", alors que le Liban ne cesse de s'enfoncer dans la pire crise de son histoire moderne.

"Le président Aoun a reçu ce soir le Premier ministre désigné Saad Hariri et a poursuivi avec lui l'étude du dossier du gouvernement, dans une ambiance marquée par une avancée prudente", s'est contentée d'indiquer la présidence. Des sources proches du dossier ont affirmé à la chaîne LBCI que la réunion a duré 45 minutes. Durant ce tête à tête, "une avancée sur le plan de la répartition des portefeuilles a été enregistrée, même si elle reste entourée de mutisme".

Selon les informations de notre correspondante, le prochain cabinet devrait être composé de 18 ministres. Cette formule constituerait une solution médiane entre les revendications du chef de l'Etat, qui est favorable à un cabinet de 20 ministres, et celles de Saad Hariri qui réclame une équipe réduite de 14 ministres. Selon les informations de notre correspondante, quatre ministères seraient accordés aux chiites, quatre aux sunnites, quatre aux maronites, trois aux orthodoxes, un aux druzes, un aux catholiques et un aux arméniens.

En soirée, le bureau de presse de M. Hariri a publié un communiqué affirmant que "les informations rapportées par les médias et les réseaux sociaux concernant la formation du gouvernement sont inexactes et erronées". Le texte ajoute que M. Aoun et M. Hariri sont "les seuls à être au courant des tractations gouvernementales et sont engagés à ne pas divulguer des informations" relatives à ce dossier. Enfin, le bureau de M. Hariri se contente de souligner qu'une "avancée" a lieu "dans une atmosphère de compréhension et de positivité".


"Quatre à cinq jours"

Sauf surprise, des sources qui suivent ce dossier s'attendent à la formation du gouvernement d'ici la fin de la semaine, ou au plus tard lundi. Des estimations qui rejoignent les propos de Nabih Berry. "Le prochain cabinet pourrait voir le jour dans les quatre ou cinq jours si l'atmosphère positive du moment continue de prévaloir", a ainsi déclaré le président du Parlement à une délégation d'étudiants de l'Université Saint-Joseph (USJ) reçue dans la journée à Aïn el-Tiné.

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Mardi, Saad Hariri s'était également entretenu avec le chef de l'Etat au palais de Baabda. Lors de cette entrevue, le PM désigné a soumis au président un avant-projet de mouture comprenant uniquement la répartition entre les différentes communautés, mais sans noms et sans la distribution usuelle des portefeuilles entre les principales formations politiques. Selon notre correspondant politique Mounir Rabih, le principe de rotation des portefeuilles régaliens est désormais acquis, exception faite de celui des Finances qui devrait rester entre les mains de la communauté chiite, comme le réclame le tandem Amal-Hezbollah. Le ministère de l’Intérieur passerait ainsi aux mains des chrétiens, et celui des Affaires étrangères aux sunnites.

Vendredi dernier, au lendemain de sa désignation et à l'issue de ses concertations avec les différents groupes parlementaires, M. Hariri avait annoncé qu'il allait former un cabinet d'experts en vertu de la feuille de route française, annoncée le 1er septembre à Beyrouth par le président français Emmanuel Macron, pour tenter de sortir le Liban de sa grave crise économique et sociale.

"Défi à relever"

Pour sa part, le Hezbollah a appelé mercredi à hâter la formation du gouvernement. "Le défi à relever pour le Premier ministre désigné est qu'il réussisse à former un cabinet remplissant réellement les conditions pour mettre en œuvre les réformes sur lesquelles une entente a été trouvée, remettre en état la situation financière et économique du pays, reconstruire ce que l'explosion dans le port de Beyrouth a détruit, restaurer la confiance des citoyens et surmonter les obstacles à la production et la croissance dans le pays", a déclaré le groupe parlementaire du Hezbollah dans un communiqué publié à l'issue de sa réunion hebdomadaire. Et de poursuivre : "Nous rejoignons la majorité des Libanais qui veulent la formation d'un cabinet le plus rapidement possible, en capacité de sortir de la situation difficile dans laquelle le Liban se trouve. Ceci exige une coopération complète et globale, et sortir sincèrement des égoïsmes et des intérêts particuliers et catégoriels au profit de l'intérêt du Liban et des Libanais".

Les appels des cheikhs Deriane, Kabalan et Hassan

Plusieurs figures religieuses musulmanes se sont également exprimées mercredi sur la question du gouvernement, à la veille de la fête de la Naissance du Prophète. Le mufti de la République, le cheikh Abdel Latif Deriane, a ainsi appelé l'ensemble des parties à faciliter l'"entreprise" du Premier ministre désigné Saad Hariri. "L'entreprise actuelle de Saad Hariri pour la formation d'un cabinet de salut, capable et efficace, constitue pour tout le monde une opportunité à saisir pour sortir le pays de ses crises et s'occuper de la ville de Beyrouth sinistrée par l'explosion du port avant l'hiver", a déclaré le dignitaire. "La coopération constructive et sincère avec le PM désigné facilite sa mission de former un gouvernement pour nous sauver de la situation dans laquelle nous sommes et de l'effondrement sur tous les plans. La coopération, en vue de la réussite de sa mission, relève de la responsabilité des forces politiques", a-t-il ajouté, appelant à mettre un terme aux "discours communautaristes et confessionnels". "Nous voulons qu'aucun camp ne considère avoir un monopole sur tel poste", a-t-il déclaré.

Quant au président du Conseil supérieur chiite, le cheikh Abdel Amir Kabalan, il a appelé à "accélérer la formation d'un gouvernement formé de personnes compétentes, honnêtes et expertes pour qu'elles entreprennent les réformes immédiatement". De son côté, le cheikh Akl druze, Naïm Hassan, a insisté sur l'importance de "dépasser les considérations qui ont corrompu les mécanismes d'action du système démocratique". "Il faut donner la priorité sur certains principes nationaux, notamment la compétence, l'intégrité et l'équilibre, pas dans le sens des quotes-parts, mais de celui de la solidarité nationale et de l'harmonie positive au sein du pouvoir afin de pousser vers la mise en œuvre de réformes", a-t-il déclaré.

Saad Hariri, qui a déjà dirigé trois gouvernements, avait été poussé à la démission le 29 octobre 2019 par un mouvement de contestation inédit, lancé le 17 octobre de la même année. Les protestataires réclamaient le départ d'une classe politique inchangée depuis des décennies, accusée d'incompétence et de corruption. Le gouvernement dirigé par Hassane Diab, qui lui avait succédé à la présidence du Conseil, avait démissionné six jours après la double explosion meurtrière du 4 août au port de Beyrouth. Moustapha Adib avait été désigné Premier ministre pour lui succéder mais a fini par se récuser fin septembre, n'étant pas parvenu à former un gouvernement de "mission" tel que préconisé par Paris.


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